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Centre-Presse - Le quotidien de la Vienne

Centre-Presse Un Poitevin a testé la vie comme sur Mars Joan Roch : Mission accomplie

[2004.08.20] Un bilan de la mission FMARS 09, composé spécialement pour ce journal, a été publié dans le quotidien régional français Centre-Presse. Cet article met fin à une série de journaux de bord écrits lors de la mission de la Mars Society dans l'Arctique en juillet 2004.

Le quotidien Centre-Presse est publié à plus de 75 000 exemplaires.

Vous trouverez ci-dessous une copie du texte publié dans le journal.


Science
Recherches - Bilan de la mission de notre Poitevin qui, coupé du monde, a testé la vie sur Mars à bord d'une station installée dans le Grand Nord canadien

Joan Roch : Mission accomplie

Le Poitevin Joan Roch et son équipe de scientifiques internationaux ont terminé leur mission de simulation de vie sur Mars dans le Grand Nord canadien. Une simulation indispensable avant la conquête future de Mars. Retour sur trois semaines de mission qui ont réservé à nos explorateurs bien des surprises.

133 jours de vie sur Mars, sept personnes, une base. Mission accomplie. Après trois semaines difficiles sur la plus grande île inhabitée du monde, les volontaires de la Mars Society ont terminé leur expérience de simulation de mission habitée sur la planète Mars. Ne pouvant sortir de la base qu'en combinaison spatiale, les membres d'équipage de la base FMARS ont travaillé tout au long du mois de juillet pour faire avancer la recherche qui permettra un jour d'explorer la planète rouge autrement qu'avec de simples robots.

Mars explorée dans 30 ans
Jusqu'à présent, la planète Mars est étudiée uniquement par l'intermédiaire de sondes automatisées de la NASA ou de l'Agence spatiale européenne (ESA). Trois satellites et deux véhicules automatisés sont actuellement au travail sur la planète rouge. D'autres sondes sont en construction. Le but de cette exploration est de préparer l'arrivée d'explorateurs humains d'ici 30 ans.

Même si le premier pas de l'humanité sur Mars n'est pas pour demain, l'entraînement a déjà commencé dans le Grand Nord canadien, sur l'île de Devon. A cet endroit, la géologie, le climat, le relief, l'isolement complet, tout rappelle Mars.

Perdus dans les canyons
La Mars Society, un organisme à but non lucratif qui cherche à promouvoir l'exploration habitée de la planète rouge, y a construit la base FMARS il y a quatre ans, au bord d'un véritable cratère de météorite de 20km de diamètre. La simulation qui vient de s'achever a permis à l'équipe internationale de scientifiques de démontrer les forces et les faiblesses de l'exploration humaine.

Les faiblesses, tout d'abord. Plusieurs fois pendant la mission, des équipes se sont perdues dans le labyrinthe des vallées glaciaires, par leur propre faute. La fatigue, l'excès de confiance, la mauvaise communication avec la base, toutes ces erreurs humaines auraient coûté très cher sur Mars. Les simulations permettent justement d'améliorer ces aspects, en confrontant les chercheurs à la réalité du travail sur Mars.

Risque de mutinerie
Les mutineries sont aussi une menace. Dans les années 70, les astronautes américains de la station Skylab s'étaient rebellés pour protester contre un emploi du temps surchargé. Deux décennies plus tard, les Russes de la station Mir ont failli suivre leur exemple. Au cours d'une mission martienne de plus de deux ans, ce risque devra être pris en compte. A bord de FMARS, les conflits entre membres d'équipage ou avec l'équipe de soutien au sol sont restés limités, mais la mission ne durait qu'un mois.

Par contre, le facteur humain a permis de changer des échec en succès. Une radio défaillante n'a jamais empêché les astronautes de terminer leurs recherches et de revenir à la base. Les nombreuses pannes de véhicules ont toutes été surmontées. Des outils inexistants ont été créés sur place, comme un petit microscope ingénieusement monté sur le casque d'un géologue.

300 km parcourus
Quand vient le temps d'explorer le terrain, l'humain se compare très favorablement à la machine. Depuis leur arrivée sur Mars en janvier dernier, les sondes Spirit et Opportunity de la NASA nous ont émerveillé par leur mobilité, parcourant en six mois un total de 6km sur les plaines de Mars. En seulement trois semaines, les explorateurs de la Mars Society ont parcouru 300km, dont 50km à pied dans un terrain difficile, franchissant collines, vallées et falaises pour explorer plusieurs dizaines de sites.

Fossiles martiens
Les sondes de la NASA sont de petits géologues sur roues. Contrôlés depuis la Terre, ces robots mettent des jours à examiner la surface d'une roche. En comparaison, il suffisait de quelques dizaines de minutes aux géologues de FMARS pour analyser un site et découvrir des microfossiles enfouis dans le flanc d'une colline.

Des fossiles tels que ceux découverts dans l'Arctique consituent justement le Graal de toutes les missions vers Mars, car ils prouveraient l'existence de vie dans le passé de Mars, à l'époque où cette planète était encore assez chaude pour héberger des océans. L'étude d'une forme de vie extra-terrestre, même disparue, révolutionnera les connaissances sur l'origine de la vie sur Terre.

Pour découvrir ces fossiles, s'ils existent, des scientifiques doivent tout d'abord se rendre sur place. Les simulations menées par la Mars Society sont une première étape indispensable pour conquérir la planète rouge.

Joan Roch, Centre-Presse - 2004.08.20