Mars sur Terre

accueilmdrs 18 • 2003.05.07

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La malédiction d'Achab

Le trajet prévu et celui réellement effectué lors de la grande sortie destinée à atteindre Factory Butte. Nous arrivons au point où l'équipe d'hier a rebroussé chemin Objectif atteint en une heure environ par notre équipe de choc ! L'astronaute dans le cercle donne une meilleure idée des dimensions de cette structure L'astronaute dans le cercle donne une meilleure idée des dimensions de cette structure Un point de vue un peu différent de Factory Butte Retour pas les canyons Un peu de repos près des Badlands Cette chevauchée martienne aura coûté la vie à un astronaute Des fleurs pour la victime… Le matériel revient en mauvais état

[2003.05.07] La poursuite de Moby Dick par le capitaine Achab est semée d'embûches… La route pour atteindre notre baleine blanche, Factory Butte, aura été fidèle à quelques aspects du livre… Résumons cette journée mouvementée.

Premièrement, la course pour atteindre Factory Butte n'aurait dû avoir lieu que demain. Aujourd'hui, Mark devait prendre la route pour de nouvelles expériences, mais une douleur au coude résultant de sa plus récente sortie nous a obligé à changer nos plans. C'est donc aujourd'hui que l'équipe de choc devra tenter d'atteindre cette formation rocheuse, quelque chose qui n'a encore été réussi par aucune équipe de MDRS, semble-t-il. Mais notre stratégie sera différente : au lieu de tenter une trajectoire directe, notre longue route va contourner les falaises, traverser des canyons pour ensuite revenir vers Factory Butte. Bien entendu, tout ça se fera dans les contraintes d'une simulation, comme je l'expliquais hier.

A peine entrés dans le sas pour la décompression, les ennuis ont commencé. Suite à l'arrêt habituel de la génératrice, notre serveur, seul point de communication avec le monde extérieur, n'est jamais reparti. Cette panne devra attendre mon retour d'EVA pour être examinée, privant les occupants de réseau pour la journée. Deuxième ennui, la ventilation du sac à dos de Dave ne fonctionne pas, ce qui peut causer l'apparition de buée sur la visière. Troisième détail, la sangle qui maintient mon casque bien plaqué sur mes épaules se détache. Dave arrive cependant à la remettre en place… mais c'est temporaire.

Une fois en route, tout se passe bien… sauf qu'une boîte fixée à l'arrière de mon ATV sera perdue pendant le trajet. Comme j'étais le dernier, personne ne pouvait la surveiller. Il nous faudra tenter de la retrouver sur le chemin du retour. La radio de Dave semble ne pas fonctionner, ce qui laisse Simone ou moi comme contacts avec HabCom. Un peu plus tard, je constate que la fameuse sangle qui maintenait mon casque bien en place a disparu. Une fâcheuse conséquence de cette perte est que le casque rebondit devant mon visage lorsque la route devient cahoteuse… et dans les canyons, c'est toujours le cas. Pour amortir les bosses, je suis contraint de me tenir debout sur la machine, ce qui serait normal pour un terrain très accidenté, mais pas continuellement. De plus, l'ouverture créée permet à la poussière soulevée par les deux autres ATVs de m'aveugler un peu plus…

Dans le chapitre des bonnes nouvelles, notre chevauchée aura été bien préparée. En un peu plus d'une heure, nous atteignons notre but : Factory Butte, notre Moby Dick. Haute de près de cinq cents mètres, longue de deux kilomètres, isolée au milieu d'une plaine grisâtre, sa silhouette domine les astronautes qui tentent de s'en approcher à pied. Très impressionnant.

Après avoir bien profité du spectacle géologique, nous prenons le chemin du retour. C'est en retraversant la plaine grise qui s'étend autour de Factory Butte qu'un incident survient : ce terrain est traversé de petits fossés, résultat de l'érosion par la pluie. Mais il n'est pas toujours facile de bien repérer ces obstacles dans un environnement monochrome… et j'en ai raté une !

Le rebond du véhicule m'a complètement ejecté de mon siège, et, après un petit vol plané, je suis allé atterrir un peu plus loin en roulant sur mon épaule et sur mon dos… sauf qu'en combinaison spatiale, la manœuvre est plus délicate. Mon sac à dos sera d'ailleurs en partie détruit par cette cascade, et la visière de mon casque aura été légèrement fêlée. Heureusement pour moi, l'engin n'a pas continué sa route vers moi mais est parti dans une autre direction… pour continuer tout seul à vitesse réduite. Je me suis alors relevé pour courir après lui et le rattraper avant qu'il n'échoue dans une petite crevasse.

Sans conséquence sur Terre, les dégâts auraient été mortels sur Mars. En fait, depuis le début de notre séjour ici, nous avons estimé à cinq l'étendue de nos pertes, principalement par des pannes de matériel. Je fais maintenant partie de ce palmarès.

Un peu endolori par cette activité, je suis néanmoins capable de continuer, mais le choc aura détaché l'écouteur de ma radio. Seule Simone est maintenant en mesure de communiquer avec la station. Le trajet du retour se passe bien, retrouvant au passage la boîte perdue à l'aller, et nous arrivons au « Hab » après avoir parcouru au total plus de soixante-dix kilomètres. Mais Simone, jusque là épargnée par les ennuis, perd l'embout qui permet de boire en aspirant l'eau située dans un petit réservoir. L'eau s'écoule alors en partie dans son casque ! Pas de quoi mourir noyée, mais c'est un problème plutôt original.

Une fois revenu à l'intérieur, le serveur ne fonctionne toujours pas. L'alimentation a sauté. J'arrive à connecter un seul autre ordinateur à l'internet, mais cela va tout de même fortement limiter nos communications. Ce fut une dure journée : douleurs, chutes, bris ou perte de matériel, inondation… mais notre mission a été accomplie !

Pour conclure, une aide de l'extérieur a été nécessaire pour changer l'alimentation du serveur, restaurant ainsi ses fonctions essentielles, et mon sac à dos sera remplacé. C'était ma dernière sortie programmée, donc je ne risque plus grand chose maintenant, et je vais maintenant aller soigner mes douleurs par une nuit de sommeil bien méritée.

Consultez le compte-rendu officiel du 7 mai (MDRS Log Book) sur le site de la Mars Society. La page est en anglais.

Joan Roch - mai 2003