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Mars sur Terre - Le film

Le film réalisé à l'occasion de la mission FMARS 09 dans l'Arctique et déjà projeté lors de plusieurs conférences, vous fera vivre les simulations menées par les bénévoles de la Mars Society.


Mars sur Terre
Mars sur Terre - Le film

Réalisé par Joan Roch

Vous trouverez ci-dessous une transcription de la narration de ce film.
Below, you will find the complete transcription of the film's narration. (…)


Mars sur Terre
Ma simulation de mission dans l'Arctique

Nous sommes en 2312. Mars est une colonie prospère comptant des milliers d'habitants. Le processus qui transformera Mars en une nouvelle terre est en bonne voie. La végétation modifiée pour survivre est bien implantée, les plantes créent de l'oxygène et modifient la chimie de la planète. La fonte des calottes glaciaires libère le gaz carbonique et augmente la pression atmosphérique. Les températures augmentent, l'eau liquide devrait bientôt pouvoir couler de nouveau sur la planète rouge.

2105. L'industrie minière martienne attire des travailleurs toujours plus nombreux. Pour faire vivre ces communautés, administrateurs, médecins et ingénieurs sont toujours utiles, mais les bars et les commerces sont en pleine croissance.

2035. L'Humanité pose le pied sur Mars. Quatre personnes s'apprêtent à vivre une année complète dans ce désert froid et hostile.

2004. La course vers Mars n'est pas officielle. La NASA doit se doter d'une nouvelle vision avec pour objectif Mars dans 30 ans. L'Agence spatiale européenne poursuit la mise en place de son programme Aurora, dont l'objectif est… la conquête de Mars dans 30 ans. La Chine annonce un programme semblable, puis se contredit.

2003. La Mars Society, une association qui veut atteindre Mars à l'aide de fonds privés, cherche des volontaires pour ses simulations de mission habitée. Je suis sélectionné pour faire partie de la 18e équipe à occuper la base américaine. Deux semaines et demi de simulation au milieu d'un désert rouge, spectaculaire… typiquement martien. Une expérience irremplaçable pour ma candidature l'année suivante, pour l'Arctique.

2004. Montréal. Installé ici depuis 7 ans, je suis avantagé par rapport à mes six autres collègues. Mon trajet vers l'Arctique sera direct. A l'inverse, le commandant doit faire tout le voyage à partir de l'Australie jusqu'à Resolute.

Le 7 juillet, nous nous retrouvons à l'aéroport d'Ottawa. Nous préparons cette mission depuis des mois, grâce aux courriers électroniques, mais c'est notre première rencontre. Nous allons devoir vivre et travailler ensemble pendant les 4 prochaines semaines.

Le vol dure environ 5 heures. Nous survolons le Nunavut, la terre des Inuits. Par le hublot, la mer est encore parsemée d'icebergs. Nous sommes pourtant en plein été. La météo capricieuse de cette partie du globe nous fait arriver un jour plus tard à Resolute. Ce village de 272 habitants est le point de départ de la plupart des expéditions scientifiques menées dans le Grand Nord.

Tout notre matériel, les véhicules tout-terrain et nos vivres nous attendent ici. Le lendemain, c'est plus d'une tonne d'équipement que nous devons charger à bord de trois bimoteurs. La base est à 45 minutes d'avion de Resolute, sur l'île voisine de Devon, la plus grande île inhabitée du monde.

Ce désert froid et hostile est très similaire à Mars. Pour ajouter au réalisme, la station est installée au bord d'un cratère de météorite de 20km de diamètre.

Dès notre atterrissage, il faut débarquer le matériel. Nous avons 15 minutes car l'avion doit faire 3 allers-retours dans la journée.

La base est inhabitée depuis 11 mois. Une inspection nous permet de nous rassurer. La base a survécu à l'hiver. Notre ingénieur de bord, Judd, réanime la génératrice tandis que Jason, le commandant, contacte Robert Zubrin pour lui annoncer l'arrivée de l'équipe. La mission peut commencer.

Avant de nous lancer dans la simulation, un entrainement assez particulier nous attend : le tir au fusil. Les ours polaires sont rares mais dangereux. Durant les prochaines semaines, interdiction formelle de sortir sans arme.

Nous fixons les objectifs de la mission : relevés géologiques et magnétiques dans le cratère et dans les environs, recherche de microfossiles, amélioration des méthodes de travail, identification des faiblesses de l'habitat et de l'équipe. Un drapeau de Mars flambant neuf est déployé au sommet de la station. L'équipe s'enferme. Nous sommes officiellement sur Mars pour les 21 jours suivants.

L'atmosphère martienne étant irrespirable, nous enfilons une combinaison spatiale pour toute activité extérieure. Il faut au moins une demi-heure pour enfiler la combinaison, ajuster le sac à dos qui assure la ventilation et mettre le casque. Les membres de l'équipe en expédition sont équipés de radios pour communiquer entre eux et avec la base. Tout doit être testé avant le départ.

Le sas permet de subir une décompression de 5 minutes avant d'affronter la pression extérieure, 100 fois plus faible que sur Terre.

Les véhicules tout-terrain nous servent à franchir de grandes distances, même dans un désert hostile comme celui qui entoure la station.

Nous planifions soigneusement chaque sortie. Nous utilisons les cartes satellitaires pour tracer une route à suivre. Une fois à l'extérieur, nous nous orientons en utilisant un système de repérage par satellite, précis à quelques mètres près. Il est en théorie impossible de se perdre.

Chaque expédition peut durer jusqu'à 6 heures. Pendant ce temps, la vie à l'intérieur de l'habitat continue. Tout en surveillant la radio pour suivre les activités de l'équipe de sortie, on s'occupe : maintenance de l'habitat, activités physiques, travail dans le laboratoire, lecture, repos… ou préparation du repas du soir. Très rapidement, nous avons développé quelques habitudes, dont celle d'accueillir les explorateurs par un pain chaud.

Les activités en combinaison sont épuisantes. L'équipement est lourd. La visière limite la visibilité, on se déplace plus lentement pour éviter les chutes. Les gants sont gênants, surtout quand il s'agit de manipuler de petits instruments. Le terrain accidenté rend la conduite des véhicules exigeante.

Une fois de retour à la station, un repas chaud remonte le moral. Ce soir, c'est au tour de Jason de préparer des pâtes. Nous prenions systématiquement notre repas du soir en équipe. Nous pouvions ainsi discuter des problèmes rencontrés dans la journée et de proposer des solutions pour le lendemain. Notre travail devenait ainsi rapidement plus efficace.

Nous devions aussi rédiger chaque soir des rapports sur nos activités. Ingéniérie, science, sorties effectuées, tout est envoyé à une équipe de soutien au sol, prête à nous conseiller si des questions surgissent.

La journée de travail enfin terminée, place aux divertissements : un film, des jeux de société, envoyer des nouvelles à la famille ou tout simplement s'isoler pour dormir dans nos chambres individuelles.

En trois semaines, une routine s'est rapidement installée. Mis à part quelques accrochages, la cohabitation s'est bien déroulée. Mais notre simulation était très courte comparée à une véritable mission qui durerait deux ans.

C'est le facteur humain qui constitue à la fois la plus grande menace et la meilleure garantie pour la réussite d'une mission.

La fatigue et l'excès de confiance ont mis plusieurs fois notre équipe en danger. Des astronautes se sont perdus dans les canyons, d'autres, ayant mal évalué le terrain, sont tombés de leurs véhicules. Plusieurs journées complètes de repos ont été nécessaires. Pour quantifier nos aptitudes, un test élaboré par la NASA mesure l'évolution du temps de réaction et de l'acuité visuelle.

D'un autre côté, l'adaptabilité humaine nous a permis de surmonter des problèmes. Les pannes de radio n'ont pas empêché les astronautes de terminer leurs recherches puis de revenir à la base. Les pannes de véhicules, même sérieuses, n'étaient que des ennuis temporaires. Des outils inexistants ont également été créés sur place, comme un microscope de terrain pour notre géologue.

Actuellement, Mars est explorée par l'intermédiaire de sondes. Trois sont en orbite tandis que Spirit et Opportunity, les deux rovers de la NASA, examinent la surface grâce à une collection d'instruments sophistiqués. Depuis leur arrivée en janvier 2004, Spirit et Opportunity ont parcouru près de 6 kilomètres. En comparaison, en seulement 3 semaines, notre équipe a parcouru 300 kilomètres, dont plus de 50 à pied.

Les deux rovers, télécommandés depuis la Terre, peuvent mettre plusieurs jours pour examiner la surface d'une roche. Nos géologues analysaient un site en quelques minutes et découvraient des microfossiles enfouis à plusieurs dizaines de centimètres dans le flanc d'une colline.

Les analyses préliminaires des sondes martiennes confirment la présence d'eau dans le passé de Mars. Sur Terre, l'eau est synonyme de vie. Donc, peut-être des fossiles se cachent-ils sous la surface de la planète rouge. Pour découvrir ces fossiles, des scientifiques doivent se rendre sur place.

A l'heure actuelle, on ne sait toujours pas quel pays aura la volonté politique nécessaire pour envoyer des êtres humains sur la planète Mars.

En attendant, les simulations menées par la Mars Society sont une première étape indispensable pour conquérir la planète rouge.

Joan Roch - septembre 2004


Mars on Earth
My simulation of a mission in the Arctic

We are in 2312. Mars is a prosperous colony made up of thousands of inhabitants. The process that will transform Mars into a new Earth is on the right track. The vegetation, genetically modified to survive on Mars, has been implanted and is creating oxygen, modifying the chemistry of the planet. The melting of the glacial caps frees carbon and helps augment the atmospheric pressure. With the increased temperature, liquid water should soon flow on the red planet.

2105. The Martian mining industry attracts more and more workers. To sustain these communities, administrators, doctors and engineers are always helpful, but the bars and the stores are growing more and more numerous.

2035. Humanity puts its foot on Mars. Four people will start to live a complete year in this cold hostile desert.

2004. The race to Mars is not official. NASA must adopt a new vision that has, as its objective, Mars in 30 years. The European Space Agency is building upon its Aurora program, which has as one objective, the conquest of Mars in 30 years. China announces a similar program and then backtracks.

2003. The Mars Society, an association that wants to reach Mars with private funds looks for volunteers to participate in simulations of human Mars missions. I am selected to participate in the 18th team to occupy the American base. Two and a half weeks of simulation in the middle of a red desert, spectacular... very Mars-like. An irreplaceable experience for my selection, the following year, for the Arctic.

2004. Montreal. Having lived here for 7 years, I have an advantage compared to my six other colleagues. My route to the Arctic will be direct. In contrast, the commander must travel all the way from Australia to Resolute.

On July 7th, we met at the Ottawa airport. We have prepared this mission for many months, thanks to email, but this is our first meeting. We must live and work together during the next four weeks.

The flight is about 5 hours. We fly over Nunavut, the land of the Inuit. Through the window, the sea is still sprinkled with icebergs. We are nevertheless in the middle of the summer. The temperamental weather of this part of the globe has caused us to arrive a day late in Resolute. The village of 272 inhabitants is the point of departure for many scientific expeditions to the Far North.

All of our equipment, the all terrain vehicles and our provisions await us here. The following day, more than one ton of equipment must be loaded aboard three twin engines aircraft. The base is 45 minutes by plane from Resolute, on the neighboring Devon Island, the largest uninhabited island in the world.

This cold and hostile desert is very similar to Mars. To add realism, the station is situated on the edge of a 20-kilometer impact crater.

Within moments of landing, we must quickly unload the cargo. We have 15 minutes because the plane must leave for two more return flights, all in one day.

The base has been uninhabited for 11 months. An inspection reassures us that the base has survived the winter. Our mission engineer, Judd, starts the generator while Jason the commander contacts Robert Zubrin, the founder of the Mars Society. Jason informs him that we have arrived. The mission can start.

Before the simulation experience begins, special training awaits: gun training. Polar bears are rare but dangerous. During our mission, it will be forbidden to leave the base without being armed.

We set the mission objectives: geologic and magnetic mapping in and around the crater, microfossil research, improving work methods and identifying the weaknesses of a habitat and crew. A new Martian flag is deployed on top of the station. The team locks itself up. We are officially on Mars for the next 21 days.

As the Martian atmosphere is not breathable, we wear spacesuits for all activities external to the habitat. It takes at least a half hour to slip on the spacesuit, adjust the backpack that ensures ventilation and put on the helmet. The members of the EVA team are equipped with radios to communicate with one another and with the base. Everything must be tested before departure.

The airlock allows us to undergo decompression in 5 minutes before confronting the exterior pressure, 100 times weaker than on Earth.

The all terrain vehicles are used to travel great distances, even in a hostile desert such as that surrounding the station.

We carefully plan each excursion. We use satellite maps to trace the route we will follow. Once outside, we orient ourselves using GPS that allows us to know our location within a few meters precision. In theory, it is impossible to get lost.

Each EVA can last as long as 6 hours. Meanwhile, life inside the habitat continues. While monitoring the activities of the excursion team via radio surveillance, we are keeping busy. Maintenance of the habitat, physical activity, laboratory work, reading, rest… or the preparation of dinner. Very quickly we develop the habit of making hot bread to welcome the excursion team.

Conducting activities while in spacesuits is exhausting. The equipment is heavy. The visor limits visibility and one must travel slowly to ensure they don't fall. The gloves are ill-fitting, especially when we have to manipulate small instruments. The rough terrain makes driving the vehicles difficult.

Upon returning to the station, a hot meal quickly improves morale. Tonight, its Jason's turn to prepare pasta. We always eat together. We use that time to discuss the daily problems and to explore solutions that could be implemented the following day. Our work quickly becomes more efficient.

We write reports each evening detailing our activities. Engineering, science, EVAs, all is sent to a support team on the ground, ready to give advice if questions arise.

The work day is finally over, time for relaxation: a film, board games or some time alone in our individual rooms.

In three weeks, routine quickly developed. Except for some small disagreements, living together was okay. But our simulation was really short compared to an actual mission that will last two years.

It is human factors that constitute both the biggest threat and the best guarantee to mission success.

Because of fatigue and over confidence, our team safety was jeopardized many times. A few astronauts were lost in canyons. Some others, having poorly assessed the terrain, fell off their vehicles. Many days of relaxation were necessary. To quantify our abilities, we used NASA-produced tests that measure the evolution of reaction time and visual acuteness.

On the other hand, the adaptability of humans enables them to overcome problems. Radio malfunctions did not prevent the astronauts from finishing their research and returning to base. Vehicle breakdowns, even serious, were only temporary problems. Non-existent tools were created on the spot, like a microscope for our geologist.

At present, Mars is being explored by robotic probes. Three of these are in orbit while Spirit and Opportunity, two NASA rovers, examine the surface thanks to an array of sophisticated instruments. Since their arrival in January 2004, Spirit and Opportunity have crossed close to 6 kilometers. By comparison, in close to 3 weeks, our team covered close to 300 kilometers, of which more than 50 were by foot.

The two rovers, which are controlled from the Earth, can take several days to examine the surface of a rock. Our geologists analyzed a site in a few minutes and discovered microfossils buried several centimeters in the side of a hill.

The preliminary analyses of the Martian probes has confirmed the presence of past water on Mars. On Earth, water is synonymous with life. So, maybe there are fossils hiding below the surface of the red planet. To discover these fossils, scientists must go there.

At this time, we don't know which country will exercise the political will that will be required to send humans to the planet Mars.

In the meantime, the simulations carried out by the Mars Society are an indispensable first step towards the conquest of the red planet.

Joan Roch - September 2004
Translation by Matt Bamsey