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accueilfmars 09 • 2004.07.23

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L'Odyssée

Louise et Blazej quittent le Hab, ne sachant pas encore qu'ils vont accomplir la plus longue sortie encore jamais effectuée par notre équipe Les ATVs démontrent une fois de plus leur capacité à franchir toutes sortes d'obstacles Les vallées ne semblent pas très impressionnantes vues d'en haut, mais elles forment un véritable labyrinthe L'unité GPS est indispensable… mais les erreurs de navigation restent possibles Louise marche au fond d'une vallée assez profonde pour cacher complètement le paysage et ses éventuels points de repères Perdus, trempés, fatigués, la simulation a été interrompue il y a déjà un petit moment, pour des raisons évidentes de sécurité En haut du rocher, un goéland nous surveille de près, protégeant ses œufs 8 heures 28 minutes et 50 secondes après le départ, Louise et Blazej sont enfin de retour, escortés par Ákos et Jason

[2004.07.23] Après seulement quelques centaines de mètres, deux des cinq véhicules de notre sortie étaient immobiles, terrassés par des pannes, Shannon et Ákos retournent au Hab.

Le dieu Mars était-il en colère ? Les auspices étaient-ils mauvais ? Ce premier incident était-il un signe annonciateur ?

Non.

Tous les malheurs à venir sont dûs à une série d'erreurs humaines.

A l'encontre des recommandations de Jason, assurant le contact radio depuis l'habitat, Shannon échange son ATV avec le mien. Je peux ainsi accompagner Louise et Blazej dans le labyrinthe.

Louise dirige cette sortie. Son but : suivre les petites vallées vers le nord-est pendant quelques kilomètres puis marcher 10km aller-retour pour effectuer des mesures géomagnétiques.

Le trajet, en apparence simple sur la carte, se révèle très difficile. Le fond de la vallée est étroit, et nous roulons plus souvent dans la rivière que sur les berges. L'eau rend les blocs de pierre glissants et plus difficiles à voir. Et, du fond de ces petits canyons, tout se ressemble. Les embranchements se succèdent.

Seul le GPS nous permet de confirmer que nous suivons la bonne route. Mais Louise oublie de déployer le répéteur radio, seul capable de garantir une bonne communication avec le Hab dans ce relief.

Le chemin devient impraticable. Nous laissons les véhicules et continuons l'exploration à pied. Après plus de deux heures de marche, le paysage est désespérément semblable à lui-même, à croire que cette partie de l'île n'est qu'un gigantesque tas de pierres. Louise et Blazej abandonnent leur étude du terrain.

Nous remontons sur les ATVs. Louise est très fatiguée car elle n'a dormi que deux heures la nuit dernière. et repartons en sens inverse… ou bien avons tourné à droite au lieu de suivre le canyon de gauche ? Il me semble que le piton rocheux à l'embranchement était de l'autre côté à notre arrivée. J'interroge Blazej qui m'affirme que nous sommes sur la bonne route. C'est lui qui à la carte et le GPS tandis que je ne suis que l'ange-gardien. J'aurais dû insister.

Après une demi-heure difficile, pendant laquelle nous avons tous les trois evité les chutes de justesse, il est maintenant évident que nous ne sommes pas arrivés par là. L'eau est trop profonde, les blocs de pierre impassables. Louise est épuisée mais il nous faut faire demi-tour et reprendre le bon embranchement. Le trajet de retour ne pourra pas durer moins d'une heure et demie maintenant.

Faire demi-tour au fond d'une vallée encaissée. Plus facile à dire qu'à faire. Louise perd le contrôle de son ATV, qui se bloque en travers de la rivière. Elle descend de son véhicule et entreprend de le pousser. J'arrive pour l'aider. Soudain, la marche arrière trouve un appui et l'engin bondit. Louise s'effondre dans l'eau glaciale.

Mais les véhicules sont dans le bon sens, nous pouvons rebrousser chemin. Deux cents mètres plus loin, mon moteur s'arrête. Impossible de le relancer. Nous voilà coincés au fond d'un canyon, à une heure de demie du Hab, Louise commençant à sentir les premiers symptômes de l'hypothermie.

D'après la carte cependant, nous sommes à moins de trois kilomètres à pied du Hab. Après déjà six heures de sortie, il faut rentrer le plus vite possible pour nous réchauffer, manger et nous reposer. Les véhicules peuvent attendre le lendemain pour être dépannés. Nous arrivons à contacter le Hab, difficilement.

Jason nous ordonne de ne pas abandonner les véhicules et d'attendre l'arrivée de Judd qui « sera là dans 15 minutes. ». Dans ce dédale ? Impossible. Et Louise étant gelée, il nous faut marcher, pas rester sur place. Et envoyer Judd seul est risqué dans ce relief.

Louise n'arrive pas à prendre de décision et perd 20 minutes à argumenter avec Jason. Dialogue de sourds. Nous apprendrons plus tard que c'était le cas. Jason n'a jamais reçu l'information que Louise était trempée et à la limite de l'hypothermie.

Finalement Louise prend une décision et décide de marcher vers l'habitat. Mais Judd est déjà parti. Après un kilomètre de marche, Judd nous informe qu'il est arrivé aux ATVs. Louise fait demi-tour…

Nous voyons Judd descendre à pied une pente raide couverte de cailloux instables. Il n'est pas arrivé par le canyon mais par un chemin que personne n'avait encore emprunté. Suivre seul une route inconnue, une mauvaise idée sans conséquence pour cette fois-ci.

Mon véhicule revient à la vie. Immobilisé pendant plus d'une heure, il a eu le temps de sécher un peu. Cette apparente bonne nouvelle est un piège selon moi. Judd, Louise et Blazej veulent repartir en ATV. Le chemin du retour, le long du canyon, nous éloigne du Hab. Si une autre panne survient, le retour sera encore plus long. Rien n'y fait.

Devant mes réticences, nous décidons finalement que je vais repartir seul avec le véhicule de Judd et retourner au Hab le plus rapidement possible prévenir Jason. Les autres poursuivent leur plan de retour via les canyons. Furieux, j'escalade la pente en prenant soin de ne pas créer d'éboulement.

A mon arrivée au Hab, Jason comprend à me voir l'ampleur de la situation. Mes bottes sont pleines d'eau, ma combinaison est trempée, mon humeur massacrante. Je lui apprends alors que Louise risque l'hypothermie, information malheureusement occultée par nos problèmes de radio. Le temps pour moi d'enfiler des vêtements secs et nous repartons tous les deux à leur recherche pour leur apporter de l'eau chaude et de la nourriture.

Peine perdue, le labyrinthe est impénétrable. Il nous faudra attendre qu'ils s'en sortent seuls. Des bribes de communication nous apprennent qu'ils se sont encore trompés de chemin, suivant un passage vers le nord. Nous attendons. Shannon prépare ce qu'elle peut pour accueillir Louise : chauffage dans la douche, de l'eau bouillante, sac de couchage.

Finalement, après 8 heures 28 minutes et 50 secondes, Louise et Blazej sont de retour, accompagnés par Judd. Louise est épuisée mais n'est pas en danger.

Il est presque minuit. Heureusement pour les égarés, le Soleil ne se couche jamais ici. Tout le monde part se coucher. Nous ferons le bilan plus tard. Demain.

Consultez le compte-rendu officiel du 23 juillet (FMARS Daily Reports) sur le site de la Mars Society. La page est en anglais.

Joan Roch - juillet 2004