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Simulations comparées
[2004.07.18] Un membre d'équipage s'enferme cinq jours dans sa chambre. Un autre doit être évacué par le sheriff. L'équipe s'invente des tunnels imaginaires pour quitter l'habitat sans combinaison. Une fête est organisée, bières incluses, et des amis sont invités. Pourquoi ne pas aller visiter un peu le désert de l'Utah ?
A l'exception de Blazej, tous les membres de mon équipe sont des vétérans d'au moins une mission dans la Mars Desert Research Station (MDRS), dans l'Utah. Et les anecdotes qu'ils nous racontent sont toutes plus folles les unes que les autres.
Je réalise alors que la simulation à laquelle j'ai pris part l'an dernier s'est remarquablement bien passée. Mon équipe a très bien fonctionné, malgré des frictions dans les derniers jours avec un des membres. De plus, tous avaient des objectifs scientifiques précis, chose inhabituelle pour une rotation à MDRS.
Mais la simulation elle-même était extrêmement stricte, plus que celle à laquelle je participe en ce moment, dans la Flashline Mars Arctic Research Station (FMARS). Mises à part les tâches de maintenance effectuées hors-simulation pour des raisons de sécurité, personne n'est jamais sorti du Hab sans combinaison pendant les deux semaines passées dans le désert. Un tel respect des contraintes est également assez peu courant.
En comparaison, la simulation actuelle est d'un niveau scientifique plus élevé mais les contraintes sont moins respectées.
La sélection des équipes pour FMARS est bien plus stricte. Construite dans un environnement extrême, la base permet de réaliser des missions plus proches de la réalité martienne. N'étant accessible que quatre semaines par an, la Mars Society s'assure de ne pas envoyer des… touristes dans l'Arctique.
Les quatres chercheurs de cette rotation ont tous des objectifs très précis et ambitieux pour leur mission. Notre commandant tente, avec difficulté, de concilier les exigences du géologue avec les sorties voulues par la biologiste, par exemple, tout en prenant soin de rester fidèle à la simulation en cours. C'est parfois impossible.
Le matériel disponible peut se révéler inapproprié pour une utilisation avec les combinaisons. Nos cinq véhicules tout-terrain accumulent les pannes, limitant maintenant nos sorties motorisées à trois personnes à la fois. Le danger posé par les ours polaires impose d'être accompagné par un ange-gardien armé, hors-simulation. Le temps disponible est limité, il faut faire attention à ne pas s'épuiser, les accidents devenant alors plus probables.
Il reste moins de deux semaines avant de fermer la base et d'évacuer avant l'arrivée de la neige. Etant donné l'argent et le temps investis par chacun d'entre nous dans cette aventure, il est probable que les entorses à la simulation se multiplieront dans les prochains jours.
De mon côté, je suis rarement en combinaison, mais plutôt ange-gardien, ce rôle me permettant de filmer et photographier plus facilement. Aujourd'hui, je suis également sorti en faisant fi de toute rigueur, pour réaliser des prises de vue supplémentaires. Je prévois que la tendance va se maintenir.
Malgré tout, la Mars Society totalise plusieurs milliers d'heures de « vie sur Mars », chaque expérience, bonne ou mauvaise, étant une leçon à retenir. Mieux vaut commettre un maximum d'erreurs ici, sur Terre.
Consultez le compte-rendu officiel du 18 juillet (FMARS Daily Reports) sur le site de la Mars Society. La page est en anglais.
Joan Roch - juillet 2004
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