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accueilfmars 09 • 2004.07.16

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Une chute et un baril

Judd patiente dans le sas pendant la phase de décompression Une longue randonnée en ATV commence Judd utilise le système GPS pour repérer notre position sur la carte Judd utilise aussi les repères visuels pour confirmer notre position L'été arrive, les plantes poussent à une vitesse folle Des oiseaux de l'Arctique Dans ce désert sec, les mousses choississent de pousser directement dans l'eau qui s'écoule De la neige en train de fondre au bord d'un petit lac Trois astronautes et leur vaisseau Un des pièges de l'Arctique : la boue Analyse par nos géologues d'un monolithe posé au fond du cratère Joan s'amuse avec le Soleil de minuit qui illumine un hublot

[2004.07.16] Grand Soleil, température clémente (pour l'Arctique : 10°C), et aucun vent. Les conditions sont enfin bonnes, notre longue journée peut commencer. Après notre congé d'hier, le rassemblement est sonné pour 08:00.

La première sortie est menée par Blazej, dont l'objectif est de trouver des microfossiles dans le cratère, autrefois rempli par un lac. Ákos l'accompagne pour l'aider à déchiffrer le passé géologique du terrain, tandis que Judd est en charge de la navigation. Je joue encore un fois le rôle d'ange-gardien armé, hors-simulation.

La première partie du trajet se passe sans problème et nous permet d'observer la nature qui nous entoure. Le paysage offert par le cratère est toujours aussi impressionnant. Du haut d'un promontoire, on découvre un petit lac encore bordé d'une épaisse plaque de neige en train de se briser dans l'eau.

A en juger par l'effervescence observée près de chaque cours d'eau, l'été semble enfin arrivé. Les plantes sont en fleurs, des tapis d'herbe recouvrent le sol et les oiseaux semblent y trouver de quoi se nourrir. Sur l'île de Devon, la saison estivale dure entre 16 et 45 jours. Pas de temps à perdre.

Une des conséquences du dégel, c'est la boue. Aux rares endroits où le sol n'est pas rocailleux, il est possible de trouver des flaques de boue très profondes. Nous étions prévenus de leur existence, mais Judd apprend à ses dépens comment les identifier. Son ATV s'enlise.

Heureusement pour lui, cette flaque est petite, car on s'enfonce dans ces pièges jusqu'à toucher le sol encore gelé. Pour cette fois, un remorquage à l'aide d'une corde suffira.

Plus loin, après avoir remonté un large vallée, les trois astronautes décident de gravir, en ATV, une pente raide couverte de rochers. Jouant mon rôle d'observateur, je reste en retrait. Vu de loin, l'ascension semble très difficile, à la limite des possibilités des véhicules, mais surtout des pilotes. Le premier à tomber n'est pas celui que j'attendais.

Presque arrivé en haut, Judd, dont la vision est réduite par son casque, se trouve bloqué par une section particulièrement raide. Il décide de changer de trajectoire. Tournant à droite, il se retrouve en travers de la pente… et bascule.

De mon point de vue, je vois le véhicule rouge tomber sur le côté puis s'arrêter aussitôt. L'astronaute blanc semble être juste à côté, plus bas dans la pente. Pour avoir vécu une chute dans le désert l'été dernier, je sais que le plus grand danger est que la visière du casque se brise. Avec une pente couverte de rochers comme celle-ci, le risque est élevé.

Je communique immédiatement avec le Hab pour les tenir au courant de l'incident. Quelques secondes après, Judd, dont la radio fonctionne encore, nous informe qu'il va bien. Ákos et Blazej, bien plus bas dans la pente, n'ont rien vu et semblent préoccupés par un problème mécanique. Judd continue de communiquer, mais je ne le vois pas se relever. Pas le choix de quitter mon rôle d'observateur et d'aller voir.

La pente est effectivement très difficile, les rochers se détachant de la pente sous les roues. J'arrive enfin à proximité de Judd, abandonne mon ATV et termine l'ascension à pied. Il est étendu à côté de l'ATV. Son casque est intact. Des gouttes d'essence fuient du bouchon du réservoir, mais le moteur est arrêté. Son sac à dos est coincé sous le véhicule, il ne peut pas se relever seul.

Je remet l'engin sur ses roues et Judd peut enfin se relever. Il nous expliquera plus tard qu'il a tenté de sauter du véhicule mais qu'il est resté accroché à cause de son sac. Dans une telle situation, on oublie la présence de l'équipement qu'on porte sur le dos et nos réflexes sont alors inappropriés.

Pour terminer l'ascension, j'indique aux deux autres restés plus bas comment négocier une telle pente et je me charge de piloter l'ATV de Judd, qui gravit les derniers mètres à pied. Plus de peur que de mal.

Le retour se passe sans encombre et, après 5 heures d'aventure, l'équipe du Hab a eu la bonne idée de nous accueillir avec un lunch chaud.

Alors que la journée se termine, je profite du « coucher » de Soleil, qui illumine l'habitat directement par un des hublots. A minuit, Louise et moi sommes assignés à faire le plein de la génératrice. Je remplis un bidon en pompant l'essence depuis un baril. Alors que je commence à remplir le réservoir, Louise m'arrête. Non seulement l'odeur du carburant est affreuse, mais la couleur est inhabituelle.

Après avoir alerté Judd, l'ingénieur, et Jason, le commandant, nous déterminons avec un dégoût mêlé d'amusement que ce baril contient… de l'urine. Les premières équipes stockaient tous les déchets mais ont manifestement oublié d'identifier ou de détruire ce baril. Par prudence, la génératrice est remplacée par une autre. Une douche est de rigueur pour les infortunés ayant manipulé ce fluide.

Les incidents sont restés mineurs, le moral est très bon et l'équipe réagit aux circonstances à merveille. La simulation continue.

Consultez le compte-rendu officiel du 16 juillet (FMARS Daily Reports) sur le site de la Mars Society. La page est en anglais.

Joan Roch - juillet 2004