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Dans le cratère
[2004.07.13] L'été dans l'Arctique est déconcertant : chute de neige en juillet à 2:30 du matin, donc en plein jour. Cette chute de neige, qui a heureusement fondu, nous inquiète un peu. L'été dernier, l'équipe précédente a dû quitter l'île de Devon une semaine plus tôt que prévu. La neige était revenue dés la fin du mois de juillet.
La neige a continué toute la journée, mais sans s'accumuler au sol. Depuis le hublot de l'habitat, le spectacle du cratère traversé par des nuages isolés est hypnotisant. La neige qui en tombe forme un rideau blanc. La force du vent, glacial, est apparente quand un de ces nuages passe au dessus de nous : les flocons voyagent horizontalement.
En bas, dans le cratère, deux géologues en combinaison, et un journaliste au téléphone. Grâce aux communications par satellite, j'ai enregistré une interview pour la radio directement depuis le fond du cratère Haughton, sous une neige d'été.
Notre sortie dans le cratère aura été longue, près de cinq heures. Ákos et Blazej à pied, moi en ATV et armé d'un fusil à pompe contre les ours polaires.
Le cratère étant vieux de plus de 20 millions d'années, l'érosion a considérablement modifié la morphologie du bassin d'impact. Autrefois recouvert de glaciers, maintenant soumis aux cycles du gel et dégel et de la fonte des neiges, la surface passe d'une étendue de terre grise aux motifs polygonaux à un champ de rochers chaotique. Des vallées creusées par les rivières d'eau de fonte s'ouvrent sur des petits lacs encore partiellement gelés.
Dans ce désert froid et sec, les plantes survivent. Des lichens, des mousses, des plaques d'herbe et des fleurs, lancées dans une course contre la montre pour fleurir avant la fin de l'été, dans deux semaines.
Dans l'habitat, le moral est bon. La température du deuxième étage est enfin agréable. C'est difficile à croire, mais le chauffage de notre station n'est assuré que par de petits chauffages électriques d'appoint. Depuis notre arrivée, le thermomètre est monté de 10°C à un agréable 20°C. Le premier étage reste obstinément froid et humide.
La dynamique du groupe se met en place, mais il est encore difficile de voir comment les interactions vont évoluer. Celà va dépendre de la résistance de chacun à notre rythme de vie, épuisant.
La fatigue s'installe. Le manque de sommeil, causé en grande partie par l'absence de nuit, est amplifié par l'effort exigé par les sorties. Louise est d'ailleurs tombée, s'écorchant les genoux, après avoir décidé de continuer au delà de ses limites. A pied, le mal est limité, mais les véhicules tout-terrains pourraient nous jouer de mauvais tour sur ce terrain irrégulier.
Pour maintenir le moral, l'équipe a déjà organisé un rituel. Le repas du soir est préparé pour coincider avec le retour des équipes de sortie. Revenir au chaud et s'assoir tous ensembles autour d'une table est une excellente manière de souder un groupe.
Consultez le compte-rendu officiel du 13 juillet (FMARS Daily Reports) sur le site de la Mars Society. La page est en anglais.
Joan Roch - juillet 2004
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